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Restés seuls avec elle, les trois amans regardèrent Virginie : - Hé
bién,
Mademoiselle, dit le
Blondiste. - Hé bién, perfide, dit le Roussiste. - Que nous direz-vous?
s'écria le Bruniste, en riant. - Que vous êtes des fous, qui avez cherché
à détruire votre bonheur, que je me tuais à faire. N'étiez-vous pas
heureux? Que vous manquait il? Vous n'avez plus rien à présent!
Applaudissez-vous de votre finesse! les effets en sont admirables! Pour moi, je renonce à
vous trois ; je ne veux, je ne puis, ni vous voir, ni vous parler. Ingrats! je suis s–re que vous croyez
avoir à vous plaindre de moi! mais ne vous plaignez que de vous mêmes. et de votre
folie. Je vous avoue que je me croyais reconnue depuis la dernière rencontre où
vous me
vites tous trois ensemble : je vous prêtais des idées assez raisonnables, pour croire
que vous consentiez d'être heureux d'une
manière aussi flatteuse pour votre amitié, que pour l'amour ; je me suis
trompée : vous n'êtes que des hommes ordinaires ; de cet instant, je vous abhorre.
Mais je garderai, j'aimerai mes enfans : les dons que vous leur avez faits serviront à les
élever... Adieu, cruels ennemis de vous mêmes! Les trois hommes furent si surpris
de ce langage, qu'ils en demeurèrent immobiles. Enfin le Bruniste présenta la
main à Virginie. - Distingue-moi des coupables, lui dit-il, je ne le suis pas, car c'est
malgré moi qu'ils ont agi. - Non, mon cher Des Rosiers, lui répondit-elle :
vous n'êtes pas le premier de mes amans ; je n'aurais jamais eu que vous, si vous aviez
commencé ; d'ailleurs ce n'est pas ma couleur naturelle que vous aimez : je suis
réellement blonde, comme vous le verrez quand il vous plaîra ; je ne veus plus
être fausse. - Je t'aimerai blonde ; ce n'est plus ta couleur, c'est toi que j'aimerai. - ... Que
vous dirai-je, Messieurs? Chaqu'un des amans tint le même langaje, et peu s'en fallut que
Virgirnie ne continuât de les avoir tous trois. Mais elle a refusé ; elle n'en re‡oit plus
aucun que comme ami ; encore veut-elle qu'ils soient tous les trois ensemble : c'est le
tempérament qu'elle a pris, pour conserver amis, ceux qu'elle avait trompés
comme amans.
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Pour moi, Messieurs (continua la Courtière, en s'adressant à l'Amans et au Mari
de sa Fille),
je ne suis pas aussi coupable que Virginie ; je suis une vieille routière, et je devrais
lever la crête encore plus haut qu'elle : mais je la baisse : ma Fille est sage ; elle est
mariée ; j'ai tort envers mon Gendre, et je lui demande pardon.
Le Moribond et le Mari de la Fille de la Courtière furentétrangement surpris de
l'effronterie de la Vieille Pince. Mais, por le moment, ils ne s'occupèrent d'autre chose
que de l'histoire qu'elle venait de raconter, et ils lui demandèrent, Comment elle ferait
leur pour en certifier la vérité? - Rién de plus facile! (Leur
répondit-elle) : Virginie ne demeure pas loin de chés m.r De Rubancourt,
mon Gendre ; s'il le juge à propos, je le conduirai chés elle,je la connais. - Je
l'accepte (s'écria-t-il) ; je serai charmé de connaître si vous avez dit une fois
la vérité : ce phénomène sera plus grand que l'autre, tout
extraordinaire qu'il me paraisse, qu'une seule Fille ait pu tromper trois Amans, qui se voyaient
chaque jour, et cela pendant plusieurs années.
Elle l'y conduisit en effet dans la suite, et c'est m.r de Rubancourt qui en certifie la
vérité.
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On parle souvent des tours que jouent les jeunes Parisiennes à leurs amans : Elles
donnent
des
espérances à trois ou quatre, que l'immense ville empêche de se
connaître : Je le crois et j'en ai vu plusieurs exemples : c'est pour avertir les hommes qui les
recherchent de se tenir en garde, que j'ai rapporté le trait de la Fille de trois
couleurs, qui,
tout rare qu'il est, remplit mon but, de montrer l'astuce des filles de la Capitale. La
Nouvelle
suivante, où celle-ci formait un épisode, contiént un exemple non moins
singulier.