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(Quelque temps après,
la mère de la Jolie Courtière acheva, dans une
circonstance
très critique, et devant trois hommes, l'histoire qu'elle avait commencé seule
avec sa fille, en ces termes) :
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Virginie eut ensuite le même sort que moi ; car la vérité, vient de se
découvrir,
comme vous allez le voir.
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Ses trois galans avaient eu mille occasions de concevoir des soupçons à son sujet,
qui devenaient plus forts de jour en jour, parce qu'aimant beaucoup moins deux d'entr'eux,
elle s'occupait davantage à conserver le Bruniste : elle sortait souvent avec lui, par
complaisance.
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Un jour, donc, le Bruniste engagea sa Belle à venir dîner avec lui dans une maison
qu'il lui nomma et qu'elle connaissait : il lui donna la liste de tous les convives, en l'assurant
qu'il n'y en aurait point d'autres. Il était de bonne foi, et il ne la trompait pas. On se mit
à table, et le dîner se passa tranquillement. Mais vers la fin du repas un domestique
vint annoncer le Blondiste par un nom inconnu a Virginie : le maître de la maison lui fit
dire d'entrer, mais il pria qu'on l'en dispensât, ajoutant qu'il attendrait dans le salon,
auprès du feu. Un instant après, on annonca le Roussiste, aussi par un nom que
Virginie ne savait pas, et il fit comme le premier. Le dîner achevé, on passa
auprès du feu. La surprise de Virginie fut extrême en voyant ses trois amans
réunis dans une même maison; cependant elle ne se déconcerta point : elle
s'était déjà trouvée dans une pareille circonstance, et elle
s'était tirée avec honneur de ce mauvais pas. Elle prit un air aisé, riant, et
parla sans se gêner. Le Bruniste, qui vit ses deux amis, se douta de quelque chose. Il
tâcha de leur dire un mot en particulier. Ils lui avouèrent que l'un d'eux (le
Blondiste) ayant aperçu Virginie monter en voiture avec lui, ils l'avaient fait suivre, dans la
résolucion d'éclaircir une bonne fois leurs doutes à son sujet. - Nous nous
sommes accordés ; nous avons été chaqu'un demander notre
maîtresse; on nous a répondu qu'elle était sortie, sans nous dire où
elle était alée : comme nous savions où vous dîniez, nous avons
envoyé chercher nos enfans,
la Sagefamme et les nourrices : tout cela doit arriver, et paraîtra, s'il est nécessaire,
lorsque nous aurons encore observé notre commune Virginie. - Ce n'est pas mon avis, dit
le Bruniste, que nous fassions un éclat dans cette maison : si vous voulez m'en croire, vous
renverrez tout votre monde chés ma Virginie, rue des Blancs-manteaus, où elle
demeure depuis quelques temps; et là, nous découvrirons la vérité.
Les deux amis suivirent le conseil du troisième : ils continuèrent d'examiner
Virginie ; ils lui adressèrent la parole, ils rirent, ils causèrent avec elle. Elle s'y
prêta de bonne grâce, et avec tant d'enjo–ment, qu'ils eurent quelquefois des doutes,
mais, à la fin, ils la reconnurent parfaitement, à une infinité de marques.
Ils n'en firent pas semblant. A l'heure du départ, ils la laissèren, et sortirentt un
instant avant elle. Les enfans, les nourrices et la sagefamme étaient déjà
chés la Virginie des Blancs-manteaus ; ainsi, lorsqu'elle arriva, elle trouva dans
appartement trois enfans, trois nourrices et ses trois amans. On ne dit rién autre à
la Sagefamme, sinon : - Madame, voila les enfans que vous avez recus ; ils sont charmans! En
voilà deux jumeaus, qui sont aussi bien venus, que s'ils avaient été seuls?
- Il est vrai, Monsieur, répondit-elle au Blondiste, qui l'interrogeait : mais ils ont la plus
jolie et la meilleure des mères! Je ne saurais vous exprimer combien elle fut joyeuse de se
voir ces deux jumeaux! elle ne pouvait se le persuader, et elle disait sans cesse : Ne me trompe-t-on pas! quel bonheur!... Elle n'a pas été moins satisfaite à la naissance
de la troisième, surtout de ce qu'elle était rousse : ce qui viént, je crois, de
ce que Madame a toujours été poudrée en rousse en la portant.
Après avoir reçu ces lumières, on fit un présent à la
Sagefamme, et on la renvoya très contente. On fit reconnaître leur mère
à chaqu'un des enfans, ce qui ne fut pas difficile. Tous trois l'appelèrent maman,
en lui fesant de petites caresses, qu'elle ne put repousser. On les renvoya aussi.