La jeune coquette, nommée Virginie, ayant su tout cela, de la manière que je vais
conter ; elle entreprit de captiver ces trois hommes, et de les satisfaire également. Elle était blonde : elle allait, sous sa forme naturelle, dans un jardin public, où celui qui aimait les blondes se promenait tous les jours, et l' y voyait parée comme il désirait. Elle le charma facilement, et avec un peu d'adresse, elle lui laissa faire connaissance. Il lui proposa d'amener ses amis chés elle, pour faire des parties de petits soupers : - Je suis fort jalous! (ajouta-t-il) ; mais je n ai rien à craindre d'eux ; nous avons un goût absolument différent. L'un n'aime que les brunes, et une parure de grisette ; l'autre... le dirai-je? n'a du goût que pour les rousses! Cela est heureux! nous réunirons souvent nos maîtresses, quand ils auront trouvé ce qui leur faut, et nous serons en sûreté les uns contre les autres. Ce langaje donna de grandes idées à Virginie! Elle se prétendit fort gênée par sa mère et fit en sorte de persuader à son amant, qu'elle ne pouvait le voir que tous les trois jours ; mais c'était pour faire la conquête des deux autres. Dès le lendemain, elle se mit à portée d'être aperçue de celui qui aimait les brunes : une poudre noire lui donna cheveux d'ébène; elle se noircit les sourcils, et parut la fille la plus brune de France ; elle fit donc cette seconde conquête, au moyen de toutes les autres choses qu'il aimait dans la mise. Enfin, elle rechercha les occasions d'être remarquée de l'amateur des rousses ; elle avait les cheveus de couleur de safran vif, ainsi que les sourcils ; de sorte qu'à l'aide de beaucoup de poudre à la maréchale, et d'une certaine teinture, elle charma ce troisième adorateur.
Ainsi fournie de trois amans, elle mit toute son étude à les conserver, et elle y
réussit à merveille ; parce qu'étant très intéressée, elle était aussi très complaisante.

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